c'était un simple jour
Dans des moufles d’hiver sous tes doigts de velours
Se lova un loriot tout glacé qu’il était
Et ton parfum tiède comme un matin de mai
Lui dit doucement que tu le fis par amour.
Trois octaves une sixte sous tes doigts troubadours,
Debout sur l’oreiller tu jouais Paganini !
J’aimais ces heures folles où vibrait l’infini
De ces gammes enchantées que tu fis par amour.
Il faisait beau je crois, c’était un simple jour
Là-bas quelqu’un passa, tu n’es pas revenue…
Cette plume et l’archet me semblent si ténus;
Dors mon amour, je sais, tu le fis par amour.
DIDIER..12 MARS 2OO8..copyright
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L’encrier et le Calice
DIDIER..28 MAI 2OO6. |
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Et Dieu me fit femme
Avec de longs cheveux,
Les yeux, le nez
Et la bouche de femme,
Avec des rondeurs et des plis
Et de doux creux ;
De l’intérieur il me creusa,
Et fit de moi
L’atelier des êtres humains.
Il tissa délicatement mes nerfs,
Equilibra avec soin
Le nombre de mes hormones,
Composa mon sang
Et me l’injecta
Afin qu’il irrigue
Tout mon corps ;
Ainsi naquirent les idées,
Les rêves et l’instinct.
Il créa le tout
A grands coups de souffle
En sculptant avec amour,
Les mille et une choses
Qui me font femme tous les jours,
Et pour lesquelles avec orgueil,
Je me lève chaque matin
Et bénis mon sexe.
Gioconda Belli
Poétesse nicaraguayenne
A ceux qu’on foule aux pieds
« Etant les ignorants, ils sont les incléments.
Hélas, combien de temps faudra-t-il vous redire
à tous que c’est à vous de les conduire ?
Qu’il fallait leur donner leur part dans la cité.
Que votre aveuglement produit votre cécité.
D’une tutelle avare on recueille les suites.
Et le mal qu’ils vous font, c’est vous qui le leur fîtes.
Vous ne les avez pas guidés, pris par la main,
et renseignés sur l’ombre et sur le vrai chemin.
Vous les avez laissés en proie au labyrinthe.
Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte.
C’est qu’ils n’ont pas senti votre fraternité.
Comment peut-il penser celui qui ne peut vivre ?
Quoi ! Pour que les griefs, pour que les catastrophes, les problèmes,
les angoisses, et les convulsions s’en aillent,
suffit-il que nous les expulsions ? »
Victor Hugo ( juin 1871, lors de la Commune insurrectionnelle de Paris)
mon coeur est parti en miettes
Arrêtez les pendules, coupez le téléphone,
Empêchez le chien d'aboyer pour l'os que je lui donne,
Faites taire les pianos et sans roulement de tambour,
Sortez le cercueil avant la fin du jour.
Que les avions qui hurlent au dehors
Dessinent dans le ciel ces trois mots : Il Est Mort,
Noyez voiles noirs aux colonnes des édifices,
Gantez de noir les mains des agents de police.
Il était mon Nord, mon Sud, Mon Est et mon Ouest,
Ma semaine de travail, mon dimanche de sieste,
Mon midi, mon minuit, ma parole, ma chanson ;
Je croyais que l'Amour jamais ne finirait : j'avais tort.
Que les étoiles se retirent ; qu'on les balaye ;
Démontez la lune et le soleil,
Videz l'océan, et arrachez la forêt ;
Car rien de bon ne peut advenir désormais.
Wystan Hugh Auden
Le Baiser entre les jambes
Tout près du sexe qui fleurit dans les poils roses
Il est pour les amants une place à baisers.
C’est là que rêvent les visages épuisés
Et que la cuisse est tendre aux sourires moroses.
Nul duvet, si léger qu’il soit, n’y vient ravir
L’extase de la lèvre à la peau qui frissonne
Et la chair fraîche y peut lentement assouvir
Le cruel amoureux qu’un charme passionne.
Plus douce que la joue et pure que les seins,
La cuisse est là si blanche au milieu des coussins
Que la bouche y promène en souriant sa grâce,
Et cherche à ranimer sous les baisers voilés
La trace et le parfum des spermes écoulés
Sur le grain d’une peau voluptueuse et grasse.
Pierre Louÿs
Madrigal
Si c’est aimer, Madame, et de jour, et de nuit
Rêver, songer, penser le moyen de vous plaire,
Oublier toute chose, et ne vouloir rien faire
Qu’adorer et servir la beauté qui me nuit :
Si c’est aimer que de suivre un bonheur qui me fuit,
De me perdre moi même et d’être solitaire,
Souffrir beaucoup de mal, beaucoup craindre et me taire,
Pleurer, crier merci, et m’en voir éconduit :
Si c’est aimer que de vivre en vous plus qu’en moi même,
Cacher d’un front joyeux, une langueur extrême,
Sentir au fond de l’âme un combat inégal,
Chaud, froid, comme la fièvre amoureuse me traite :
Honteux, parlant à vous de confesser mon mal !
Si cela est aimer : furieux je vous aime :
Je vous aime et sait bien que mon mal est fatal :
Le cœur le dit assez, mais la langue est muette.
Pierre de Ronsard
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